
Alors qu’Ubisoft pensait avoir refermé l’un des chapitres les plus sombres de son histoire après la condamnation de trois anciens cadres pour harcèlement, l’affaire est loin d’être terminée. Le syndicat Solidaires Informatique, accompagné de quatre plaignants, a en effet déposé une citation à comparaître visant directement Yves Guillemot, PDG et cofondateur d’Ubisoft. Cette décision relance le dossier et met de nouveau la lumière sur la question du harcèlement systémique au sein du géant français du jeu vidéo.
Depuis 2020, Ubisoft est secoué par une série de témoignages et d’enquêtes internes révélant des pratiques de harcèlement moral et sexuel, ainsi que des comportements toxiques de la part de plusieurs cadres dirigeants.
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Trois ex-responsables du groupe ont déjà été reconnus coupables.
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Ubisoft, en tant qu’entité, n’avait pas été directement inquiété, évitant toute poursuite pénale.
L’entreprise pensait donc pouvoir tourner la page en renforçant ses politiques internes et en communiquant sur une politique de « tolérance zéro » vis-à-vis du harcèlement.
Le syndicat Solidaires Informatique, qui s’était déjà illustré dans la dénonciation des conditions de travail dans l’industrie, ne compte pas en rester là. Son objectif est de démontrer « le caractère systémique du harcèlement chez Ubisoft », ce qui implique, selon lui, une responsabilité au sommet de la hiérarchie.
En juin dernier, le syndicat avait exprimé le souhait que Yves Guillemot et Marie Derain soient interrogés pour des faits de « complicité de harcèlement sexuel et moral ». La citation à comparaître déposée aujourd’hui matérialise cette volonté.
Le PDG d’Ubisoft devra donc se présenter devant le tribunal de Bobigny le 1er octobre prochain. Pour l’heure, le motif exact de la citation reste inconnu.
Face à cette nouvelle étape judiciaire, la direction d’Ubisoft réaffirme sa position. Cécile Russeil, vice-présidente exécutive, a déclaré :
« Notre priorité est de s’assurer du respect absolu de l’intégrité physique et morale de nos salariés, dans le cadre d’une politique de prévention et de tolérance zéro en matière de harcèlement sexuel ou moral, d’agissements sexistes, d’agression, d’injure ou de discrimination de quelque nature que ce soit. »
Ubisoft continue donc de rejeter l’idée d’une complicité systémique, insistant sur le fait que la responsabilité incombe uniquement aux personnes déjà condamnées.
Cette affaire dépasse le simple cadre judiciaire. Pour Ubisoft, l’enjeu est double :
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Juridique, puisque la mise en cause directe de son PDG pourrait avoir des conséquences lourdes pour la gouvernance du groupe.
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Réputationnel, car l’entreprise tente depuis plusieurs années de redorer son image auprès de ses salariés, de ses joueurs et de ses investisseurs.
Si la justice venait à reconnaître une quelconque responsabilité de la direction, cela pourrait ébranler la crédibilité des engagements pris par Ubisoft en matière de lutte contre le harcèlement.

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