Ubisoft traverse une nouvelle zone de turbulences. Dans un courriel interne adressé à ses employés mercredi, l’éditeur français a annoncé la fermeture définitive d’Ubisoft Halifax, un studio canadien spécialisé dans le jeu mobile, connu notamment pour avoir développé Assassin’s Creed Rebellion. Cette décision s’inscrit dans un plan global de réduction des coûts et de restructuration à l’échelle de l’entreprise, déjà marqué ces derniers mois par des fermetures de studios, des annulations de projets et des licenciements.
Basé en Nouvelle-Écosse, Ubisoft Halifax n’était pas l’un des plus grands studios du groupe, mais il représentait un maillon important de la stratégie mobile d’Ubisoft. Le studio s’était fait connaître avec Assassin’s Creed Rebellion, un jeu mobile mêlant gestion, infiltration et personnages iconiques de la licence phare de l’éditeur. Sa fermeture marque donc un nouveau recul d’Ubisoft sur le terrain du mobile, un secteur pourtant longtemps présenté comme stratégique.
Selon Ubisoft, cette décision résulte d’une réflexion menée de longue date dans le cadre d’une réorganisation plus large visant à rééquilibrer les investissements et améliorer la rentabilité du groupe.
Ce qui rend cette annonce particulièrement sensible, c’est son timing. Le mois précédent seulement, les employés d’Ubisoft Halifax avaient franchi une étape historique : la création d’un syndicat. Environ 60 salariés avaient rejoint la Guilde des travailleurs du jeu et des médias du Canada, affiliée à la CWA Canada (Communications Workers of America Canada).
Face aux interrogations légitimes soulevées par cette chronologie, Ubisoft a tenu à préciser que la décision de fermer le studio aurait été prise « bien avant » la syndicalisation, affirmant par ailleurs respecter pleinement le droit de ses employés à se syndiquer. Une déclaration qui, sans surprise, peine à dissiper les doutes et alimente la méfiance.
Du côté des représentants des travailleurs, la réaction est ferme. La CWA Canada a annoncé qu’elle utiliserait tous les recours légaux disponibles pour défendre les employés touchés par cette fermeture. Dans un communiqué transmis au média Game Developer, le syndicat estime que le choix du moment « soulève de nombreuses questions » et exige des explications détaillées de la part d’Ubisoft.
« Le moment choisi pour cette décision soulève de nombreuses questions auxquelles nous n’avons pas encore de réponses », indique la CWA Canada, précisant qu’elle demandera formellement des informations à Ubisoft afin de comprendre les véritables motivations derrière la fermeture du studio.
Pour Carmel Smyth, présidente de la CWA Canada, l’impact humain de cette annonce est considérable :
« La nouvelle d’aujourd’hui est dévastatrice. Nous utiliserons tous les recours légaux pour garantir le respect des droits de ces travailleurs et travailleuses et veiller à ce qu’ils ne soient en aucun cas bafoués. »
Cette affaire intervient dans un contexte plus large de remise en question des conditions de travail dans l’industrie du jeu vidéo, où la syndicalisation progresse lentement mais sûrement, notamment en Amérique du Nord. La fermeture d’un studio peu de temps après une organisation syndicale, même si elle est officiellement présentée comme indépendante, risque de devenir un cas emblématique et un point de tension majeur entre éditeurs et représentants des salariés.
Pour Ubisoft, déjà fragilisé par des performances financières en demi-teinte, des reports de jeux et une image écornée auprès du public comme des développeurs, cette fermeture ajoute une nouvelle polémique. Même si l’entreprise affirme avoir agi dans un cadre purement économique, la situation renforce le sentiment d’un groupe en pleine restructuration, où les décisions stratégiques ont des conséquences humaines lourdes.
La suite dépendra en grande partie des actions juridiques engagées par la CWA Canada et des explications qu’Ubisoft acceptera – ou non – de fournir. Une chose est certaine : cette fermeture ne passera pas inaperçue et pourrait avoir un impact durable sur les discussions autour de la syndicalisation dans le jeu vidéo.
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