Nintendo Switch 2 : marges réduites, coûts en hausse et incertitudes économiques

Publié le 12 janvier 2026 à 17:18

Dans une interview accordée au Kyoto Shimbun, relayée par le site VGC, Shuntaro Furukawa, président de Nintendo, a abordé sans détour les défis économiques entourant la Nintendo Switch 2, et plus particulièrement la question sensible de sa marge bénéficiaire, annoncée comme plus faible que celle de la Switch originale. Une prise de parole rare et instructive, qui met en lumière les réalités industrielles et géopolitiques auxquelles Nintendo doit faire face à l’approche d’un nouveau cycle de console.

 

Interrogé sur les raisons expliquant la rentabilité plus faible du matériel Switch 2, Furukawa a d’emblée rappelé que la marge d’une console ne dépend jamais d’un seul facteur. Elle est le résultat d’un équilibre complexe entre plusieurs éléments économiques et industriels.

Selon lui, la rentabilité du hardware est influencée notamment par :

  • les conditions d’approvisionnement en composants,

  • les réductions de coûts permises par la production de masse,

  • les taux de change,

  • et les droits de douane appliqués sur certains marchés clés.

Face à cette multitude de variables, Furukawa insiste sur le fait qu’il est difficile de généraliser ou de tirer des conclusions définitives à court terme.

Plutôt que de chercher des solutions immédiates, Nintendo adopte une approche plus progressive. Le président de l’entreprise explique que l’objectif principal est de remédier à la pression sur les marges en améliorant l’approvisionnement en composants sur le moyen et le long terme.

Cette stratégie rappelle celle adoptée lors du lancement de la Switch originale, dont la rentabilité s’est améliorée avec le temps.

Furukawa a ensuite attiré l’attention sur un sujet particulièrement préoccupant : l’augmentation rapide du coût de la mémoire RAM. Cette hausse est principalement liée aux achats massifs effectués par les centres de données dédiés à l’intelligence artificielle, provoquant une forte tension sur le marché et, dans certains cas, une véritable pénurie.

Pour Nintendo, cette situation représente un risque potentiel, surtout si la tendance se prolonge dans le temps. La mémoire étant un composant clé des consoles modernes, toute hausse durable de son coût peut peser lourdement sur la rentabilité du matériel.

Furukawa précise toutefois que Nintendo anticipe ses besoins en mémoire en fonction de ses plans d’affaires à moyen et long terme, en travaillant étroitement avec ses fournisseurs. Malgré cela, le dirigeant reconnaît que le marché de la mémoire est actuellement très instable.

Il se veut rassurant à court terme, indiquant qu’il n’y a pas d’impact immédiat sur les résultats financiers de l’entreprise. Néanmoins, la situation nécessite une surveillance constante, car une volatilité prolongée pourrait obliger Nintendo à revoir certaines de ses hypothèses économiques.

Interrogé sur la possibilité d’augmenter les prix de la Switch 2 ou de ses produits en fonction de l’évolution future des coûts d’approvisionnement, Furukawa est resté extrêmement prudent. Il a reconnu qu’il s’agissait d’une hypothèse, sans pour autant vouloir faire de commentaire concret à ce sujet.

Cette retenue laisse entendre que Nintendo garde toutes les options ouvertes, tout en évitant de créer des attentes ou des inquiétudes prématurées auprès des consommateurs et des investisseurs.

Plus loin dans l’interview, la question des droits de douane élevés imposés par les États-Unis au Japon a également été abordée. Là encore, Furukawa adopte un ton mesuré.

Il explique qu’il est difficile d’évaluer précisément l’impact futur de ces mesures, mais que la politique de base de Nintendo consiste à considérer les droits de douane comme un coût supplémentaire, destiné à être répercuté autant que possible sur les prix, et pas uniquement sur le marché américain.

Cette déclaration souligne une réalité économique souvent invisible pour le grand public : les décisions commerciales prises dans un pays peuvent avoir des répercussions globales sur la stratégie tarifaire d’un constructeur.

Furukawa conclut en rappelant que Nintendo se trouve actuellement dans une période cruciale pour son activité jeux vidéo. Le lancement d’un nouveau matériel implique :

  • de favoriser son adoption rapide,

  • de maintenir la dynamique de la plateforme,

  • et de trouver le bon équilibre entre prix attractifs et rentabilité durable.

Face aux incertitudes liées aux coûts des composants, aux fluctuations monétaires et aux tensions commerciales internationales, Nintendo affirme avancer avec prudence, en analysant attentivement chaque paramètre avant de prendre des décisions structurantes.

À travers cette interview, Shuntaro Furukawa offre un rare aperçu des coulisses économiques de Nintendo. La Switch 2 n’est pas seulement un projet technologique ou créatif, mais aussi un défi industriel majeur, soumis à des contraintes mondiales parfois imprévisibles.

Nintendo semble ainsi privilégier une vision pragmatique et à long terme, consciente que le succès d’une console ne se joue pas uniquement à son lancement, mais sur toute la durée de vie de la plateforme.


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