De « Nindies » à Indie World : pourquoi Nintendo a fait disparaître un terme pourtant populaire

Publié le 12 janvier 2026 à 17:46

Pendant plusieurs années, le terme « Nindies » s’est imposé dans le vocabulaire des joueurs Nintendo pour désigner les jeux indépendants disponibles sur Wii U puis sur Nintendo Switch. Apprécié pour son ton léger et sa proximité avec la communauté, ce surnom semblait parfaitement intégré à l’écosystème Nintendo. Pourtant, l’appellation a progressivement disparu, remplacée par des présentations plus formelles regroupées sous la bannière Indie World.

Dans un récent épisode du podcast The Kit & Krysta, Kit Ellis et Krysta Yang, deux anciens employés de Nintendo of America, sont revenus en détail sur les raisons de ce changement, apportant un éclairage inédit sur la culture interne de Nintendo et sur son rapport extrêmement strict à la protection de sa marque.

Selon Kit et Krysta, le terme « Nindies » n’était pas à l’origine une initiative marketing imposée d’en haut, mais une création du département des relations avec les éditeurs et les développeurs de Nintendo. Cette équipe, chargée de tisser des liens avec les studios indépendants, avait trouvé dans ce mot-valise une manière conviviale et accessible de mettre en avant les jeux indés sur les plateformes Nintendo.

En interne, le terme était apprécié, et même source de fierté pour ceux qui l’avaient inventé. Il incarnait une volonté de rapprocher Nintendo de la scène indépendante, en lui donnant une identité propre au sein de l’écosystème de la firme japonaise.

Malgré sa popularité, « Nindies » a fini par poser un problème majeur… juridique et stratégique. D’après les révélations de Kit et Krysta, les équipes ont été informées qu’elles n’étaient pas autorisées à modifier ou “déformer” le nom Nintendo, même de manière bienveillante.

La raison invoquée est très claire : toute altération du nom Nintendo peut fragiliser la protection de la marque sur le plan légal. En associant « Nintendo » à un autre mot, même sous forme abrégée, l’entreprise risquait de créer un précédent dangereux.

Krysta explique que, d’un point de vue juridique, le fait de « couper la marque Nintendo en deux et de la rattacher à un autre mot » constitue ce que l’on appelle une dilution de marque.

« On ne peut absolument pas, en quelque sorte, couper la marque Nintendo en deux et la rattacher à un autre mot. Cela dilue la marque, pour reprendre une expression juridique. Cela vous empêche de défendre votre marque ultérieurement en cas de litige. »

En clair, si Nintendo tolère trop facilement des variations de son nom, il devient plus difficile de défendre ses droits face à des utilisations abusives ou non autorisées. Pour une entreprise dont la valeur repose en grande partie sur la force de ses licences et de son image, ce risque est inacceptable.

Cette révélation illustre parfaitement la culture extrêmement rigoureuse de Nintendo en matière de propriété intellectuelle. Depuis toujours, la firme japonaise se montre particulièrement vigilante lorsqu’il s’agit de l’usage de ses marques, de ses personnages ou même de son nom.

Dans ce contexte, la disparition du terme « Nindies » apparaît comme une décision logique, même si elle a pu surprendre ou décevoir une partie de la communauté. Nintendo a préféré adopter une appellation plus neutre et juridiquement sûre : Indie World.

Avec Indie World, Nintendo conserve l’essentiel : un espace dédié à la mise en avant des jeux indépendants sur ses consoles. La différence réside dans la forme. Le nom n’implique plus directement la marque Nintendo, ce qui évite tout risque de dilution ou de confusion juridique.

Si le terme est sans doute moins affectif que « Nindies », il s’inscrit parfaitement dans la logique de protection de la marque que Nintendo applique à l’ensemble de ses communications.

Les propos de Kit et Krysta mettent en lumière une réalité souvent ignorée par les joueurs : derrière chaque nom, chaque événement et chaque slogan se cachent des contraintes juridiques et stratégiques très strictes. Ce qui peut sembler anodin ou créatif d’un point de vue communautaire peut devenir problématique à l’échelle d’une multinationale comme Nintendo.

La disparition de « Nindies » n’est donc pas le signe d’un désintérêt pour la scène indépendante, mais bien la conséquence d’un équilibre délicat entre proximité avec les joueurs et protection d’une marque mondialement reconnue.

Malgré ce changement d’appellation, Nintendo continue de soutenir activement les développeurs indépendants, comme en témoignent la régularité des événements Indie World et le succès de nombreux titres indés sur Switch. Le fond n’a pas changé, seule la forme a évolué.

En définitive, cette anecdote racontée par d’anciens employés illustre parfaitement la manière dont Nintendo pense sur le long terme : préserver son identité, même au prix de renoncer à des termes pourtant appréciés du public.


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