Un nouveau dossier sensible vient s’ajouter à l’actualité déjà chargée d’Ubisoft. Comme l’a révélé Radio-Canada, Marc-Alexis Côté, ancien vice-président et producteur exécutif de la franchise Assassin’s Creed, poursuit l’éditeur français et réclame plus de 1,3 million de dollars, incluant des dommages moraux. Au cœur du litige : une réorganisation interne, la création d’un nouveau studio et ce que l’ex-dirigeant considère comme une rétrogradation déguisée menant à un congédiement abusif.
Selon les documents judiciaires consultés par Radio-Canada, le conflit aurait pris naissance avec la création de Vantage Studios, une nouvelle entité interne chez Ubisoft. Marc-Alexis Côté aurait alors appris que ce studio mettait en place un processus de recrutement pour un nouveau poste stratégique : Head of Franchise. Ce rôle devait superviser trois jeux majeurs de l’entreprise, dont Assassin’s Creed, une franchise historiquement placée sous la responsabilité directe de Côté.
La surprise est grande pour l’intéressé lorsqu’il constate que ce nouveau poste absorbe la majorité de ses responsabilités actuelles, vidant de facto son rôle de son contenu stratégique. Cette situation est perçue comme une mise à l’écart progressive, d’autant plus que Marc-Alexis Côté se serait vu refuser la possibilité de postuler à ce poste.
Toujours selon les informations rapportées, Yves Guillemot, PDG d’Ubisoft, se serait opposé à la candidature de Marc-Alexis Côté, au motif que le poste de Head of Franchise devait être basé en France. Une décision lourde de conséquences pour un cadre établi au Canada, et qui aurait contribué à tendre davantage les relations entre les deux parties.
En lieu et place de ce rôle central, Ubisoft aurait plutôt proposé à Marc-Alexis Côté un poste de Head of Production, placé sous l’autorité directe du futur Head of Franchise. Une proposition vécue comme une perte de statut et d’influence, venant confirmer, selon lui, une volonté de le reléguer à un second plan.
Les échanges entre Marc-Alexis Côté et la direction d’Ubisoft se seraient ensuite détériorés au fil des semaines. D’après les données recueillies par Radio-Canada, les discussions auraient atteint un point critique en septembre, moment où Ubisoft aurait proposé à l’ex-producteur exécutif de diriger une hypothétique Creative House, un projet aux contours flous et sans véritable définition opérationnelle.
Marc-Alexis Côté aurait perçu cette proposition comme une rétrogradation inacceptable, allant jusqu’à qualifier la situation de « congédiement déguisé ». Estimant que ses conditions de travail avaient été profondément et unilatéralement modifiées, il décide alors de mettre Ubisoft en demeure et de réclamer une indemnité de départ.
À la suite de cette mise en demeure, Ubisoft aurait demandé à Marc-Alexis Côté de ne pas se présenter au travail, tout en lui indiquant de poursuivre sa période de réflexion jusqu’à ce que l’entreprise réponde officiellement à ses revendications. Cependant, le lendemain, Ubisoft annonce à l’interne — puis par voie de communiqué de presse — le départ de Marc-Alexis Côté, affirmant qu’il quittait l’entreprise de son propre chef afin d’explorer de nouvelles opportunités professionnelles.
Une version des faits vivement contestée par l’intéressé, qui y voit une atteinte directe à sa réputation et un usage abusif du pouvoir hiérarchique.
Dans sa demande, Marc-Alexis Côté réclame l’équivalent de deux années de salaire, ainsi que 75 000 dollars en dommages moraux, pour un total dépassant 1,3 million de dollars. Il estime que la manière dont son départ a été géré constitue non seulement un préjudice financier, mais également une atteinte à son image professionnelle, construite au fil des années au sein d’une des franchises les plus emblématiques de l’industrie du jeu vidéo.
Son avocate, Catherine Asselin Jobin, indique que son client espère « un dénouement négocié, rapide et satisfaisant à la situation en cause », laissant entendre qu’un règlement à l’amiable reste envisageable.
De son côté, Ubisoft ne compte pas rester sans réponse. L’éditeur a mandaté le cabinet d’avocats Fasken afin d’assurer sa défense dans ce dossier. Aucun commentaire détaillé n’a pour l’instant été rendu public sur le fond de l’affaire, mais cette judiciarisation marque une nouvelle étape dans un conflit qui pourrait avoir des répercussions importantes, tant sur l’image de l’entreprise que sur la perception de sa gestion interne.
Ce dossier met en lumière les tensions qui peuvent accompagner les grandes restructurations dans l’industrie du jeu vidéo, en particulier lorsqu’elles touchent à des postes de pouvoir liés à des franchises majeures comme Assassin’s Creed.
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