Forza Horizon 6 sans VF : et si le vrai problème était l’IA, pas le budget ?

Publié le 25 janvier 2026 à 14:05

Depuis l’annonce officielle de l’absence de doublage français dans Forza Horizon 6, la colère et l’incompréhension des joueurs français n’ont cessé de grandir. Jusqu’ici, beaucoup supposaient une décision purement économique : réduction des coûts, arbitrages budgétaires ou priorités données à d’autres marchés.
Mais un long tweet du comédien doubleur Mathieu Touquet est venu bouleverser cette lecture simpliste du problème.

Selon lui, le cœur du conflit ne serait pas financier, du moins pas directement. La véritable raison serait bien plus sensible et symptomatique des tensions actuelles de l’industrie : le refus présumé de Xbox de signer une clause anti-intelligence artificielle exigée par les syndicats de comédiens.

 

Mathieu Touquet ne mâche pas ses mots. En tant que professionnel du doublage, il affirme parler en connaissance de cause :

« C'est mon métier donc j'en parle. Vous savez très bien ce que vous avez à faire. Vous n'avez qu'à signer la clause anti IA proposée par les syndicats et les comédiens et comédiennes seront ravies de venir enregistrer pour le jeu. Pourquoi vouloir négocier ? »

Un message clair, adressé directement aux éditeurs. Pour Touquet, le doublage français de Forza Horizon 6 aurait pu exister, si certaines garanties contractuelles avaient été acceptées.

 

Le comédien apporte ensuite une précision essentielle, souvent absente des débats publics. Oui, produire une version localisée coûte cher, et la France est l’un des pays où la masse salariale est la plus élevée. Mais ce facteur, à lui seul, n’expliquerait pas la situation actuelle.

« Ce n'est pas un problème de "budget" comme le font entendre beaucoup (enfin pas directement). »

Selon Touquet, les syndicats et les comédiens demandent désormais l’intégration d’une clause anti-IA dans les contrats de doublage. Cette clause vise à empêcher les éditeurs :

  • d’utiliser les voix enregistrées,

  • les performances,

  • ou les interprétations des comédiens,

pour entraîner ou alimenter des intelligences artificielles, sans leur consentement.

Or, toujours selon ses propos, certains éditeurs, dont Xbox, refuseraient d’intégrer cette clause, ou chercheraient à la négocier à la baisse.

 

Le discours devient alors plus alarmant. Mathieu Touquet explique que les éditeurs ne cherchent pas à se passer des comédiens par manque d’intérêt artistique, mais plutôt par volonté de rentabilité à long terme.

« Évidemment, les éditeurs veulent nos voix, ils veulent nos jeux pour pouvoir tout faire au rabais et produire des VF mécaniques sans aucune volonté artistique derrière. »

L’idée redoutée est claire :
utiliser des performances humaines aujourd’hui pour produire demain des doublages automatisés, moins coûteux, plus rapides, mais aussi beaucoup plus pauvres sur le plan artistique.

Face à cette menace, les comédiens affirment faire front commun. Leur objectif n’est pas de bloquer l’industrie, mais de protéger un savoir-faire, une interprétation humaine, et une certaine idée de la localisation.

Touquet insiste :

  • les comédiens ne sont pas opposés aux éditeurs,

  • ni aux studios d’enregistrement,

  • ni même au progrès technologique.

Ce qu’ils demandent, c’est un cadre clair et juste, garantissant que leur travail ne servira pas à les remplacer.

 

Ce conflit dépasse largement le cas de Forza Horizon 6. Il pose une question centrale pour toute l’industrie du jeu vidéo (et du cinéma) :
" Veut-on des VF vivantes, incarnées, imparfaites mais humaines, ou des doublages standardisés générés par des machines ? "

Touquet pointe un paradoxe cruel :
« les IA produiraient des performances encore plus mécaniques, avec moins de contexte, moins d’intention et moins de compréhension narrative que les comédiens actuels. »

Pour conclure, Mathieu Touquet précise que les comédiens ne cherchent pas l’affrontement, mais le dialogue. Il invite même les curieux à consulter directement la clause anti-IA défendue par les syndicats, notamment sur le site du https://sfa-cgt.fr/accueil 

Son message est limpide :
" sans cadre protecteur, le métier de comédien de doublage est en danger, et avec lui, la qualité des versions françaises que les joueurs apprécient depuis des décennies. "

L’absence de VF dans Forza Horizon 6 n’est peut-être que la partie visible de l’iceberg. Derrière, se dessine un affrontement silencieux entre :

  • impératifs économiques,

  • ambitions technologiques,

  • et défense de la création humaine.

Un débat crucial, dont l’issue pourrait bien façonner l’avenir du doublage français… et de nombreux jeux à venir.

 


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