Selon Le Monde, une dizaine de personnes ont récemment participé à une manifestation devant Ubisoft, visant directement le PDG du groupe, Yves Guillemot. Bien que modeste en nombre, cette mobilisation marque un tournant symbolique fort dans le climat social déjà très tendu au sein de l’éditeur français.
Il s’agit de la première manifestation officielle de ce type, portée par des représentants syndicaux et des employés souhaitant alerter publiquement la direction sur une situation jugée critique.
À l’occasion de cette mobilisation, le syndicat Solidaires Informatique a formulé trois revendications principales, qui reflètent les inquiétudes profondes des salariés :
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L’arrêt immédiat du plan de réduction des coûts, perçu comme destructeur pour les équipes.
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Le maintien et l’extension du télétravail, devenu un acquis important pour de nombreux employés depuis plusieurs années.
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Des augmentations de salaire jugées décentes, après une longue période marquée par des hausses inexistantes ou très faibles.
Ces demandes traduisent un ras-le-bol généralisé face à une stratégie d’entreprise que les salariés estiment déconnectée de leur réalité quotidienne.
Dans une déclaration accordée à GamesIndustry.biz, Marc Rutschlé, représentant syndical de Solidaires Informatique chez Ubisoft Paris, dresse un tableau particulièrement sombre de la situation interne. Il évoque un climat de colère et de désespoir, nourri par des décisions managériales jugées incompréhensibles et injustes.
Selon lui, Yves Guillemot serait aujourd’hui déconnecté de son entreprise et de ses employés, incapable de mesurer l’impact réel de ses choix sur le terrain. Alors que la direction poursuit son plan de réduction des coûts et de restructuration, les équipes seraient déjà sous pression constante, souvent en sous-effectif, et confrontées à une charge de travail toujours plus lourde.
Un autre point cristallise fortement la colère : la question des rémunérations. Après plusieurs années sans véritables augmentations salariales, les employés auraient compris qu’aucune revalorisation significative n’était prévue cette année non plus.
Cette situation est d’autant plus mal vécue que, parallèlement, la restructuration interne aurait entraîné la création de nouveaux postes à responsabilités, accompagnés de salaires jugés excessifs par les syndicats.
Pour de nombreux salariés, ce contraste alimente un profond sentiment d’injustice et renforce l’idée d’une direction privilégiant les échelons supérieurs au détriment des équipes opérationnelles.
Marc Rutschlé va plus loin en qualifiant la stratégie actuelle de « plan de licenciement déguisé ». Selon lui, les changements imposés – qu’il s’agisse de la réorganisation, de la pression accrue ou de la remise en cause de certains acquis – viseraient indirectement à pousser les employés à partir d’eux-mêmes.
L’ambiance au sein des studios serait devenue particulièrement délétère. Les représentants du personnel évoquent des situations humaines très difficiles, marquées par des crises de larmes répétées et des propos extrêmement inquiétants tenus par certains collègues.
Des témoignages qui illustrent un mal-être profond et une perte de repères chez une partie des salariés.
En complément de ce rapport, Insider-Gaming indique que la contestation ne se limite plus aux actions syndicales visibles. Les canaux de communication interne d’Ubisoft seraient aujourd’hui remplis de messages critiquant ouvertement la direction et réclamant des changements structurels.
Certains employés auraient même franchi un cap en annonçant publiquement sur LinkedIn qu’ils recherchaient un nouvel emploi, alors même qu’ils n’ont pas été licenciés. Un signal fort, révélateur d’une perte de confiance envers l’avenir du groupe et sa capacité à offrir un cadre de travail stable et motivant.
Entre restructurations, tensions sociales et malaise interne grandissant, Ubisoft traverse une crise humaine majeure qui dépasse désormais le cadre strictement économique.
Cette mobilisation, même limitée en nombre, pourrait n’être que le premier signe visible d’un mouvement plus large si la direction ne répond pas rapidement aux inquiétudes exprimées par ses employés.
La question reste désormais ouverte : Ubisoft saura-t-il renouer le dialogue avec ses équipes et apaiser un climat devenu explosif, ou ces tensions marqueront-elles durablement l’avenir du groupe en France ?
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