Dans une interview accordée au Kyoto Shimbun, et relayée par le média VGC, Shuntaro Furukawa, président de Nintendo, est revenu en détail sur la stratégie de l’entreprise japonaise concernant ses adaptations cinématographiques et ses contenus vidéo. L’occasion d’en apprendre davantage sur l’avancement du film Super Mario Galaxy, attendu en avril, mais aussi sur le film en prises de vues réelles The Legend of Zelda, prévu pour 2027, ainsi que sur l’ambition plus globale de Nintendo dans le domaine audiovisuel.
Furukawa a tout d’abord confirmé que Super Mario Galaxy – Le Film progresse conformément au calendrier prévu, avec une sortie programmée pour le mois d’avril. En parallèle, Nintendo travaille activement sur le film The Legend of Zelda en live-action, dont la sortie est fixée à 2027, un projet particulièrement attendu compte tenu de l’aura mythique de la licence.
Mais au-delà des dates et des titres, le président de Nintendo a surtout insisté sur la méthode de travail adoptée par l’entreprise pour ces adaptations.
Contrairement à certaines sociétés qui délèguent largement leurs licences à des partenaires externes, Nintendo revendique une implication profonde et continue dans la production de ses films, dès les phases de planification et de développement. Furukawa explique que cette approche découle directement de la philosophie historique de l’entreprise.
Nintendo applique aux films la même exigence que pour ses jeux :
un travail artisanal méticuleux, centré sur la qualité, la cohérence et le respect des personnages.
Cette rigueur ne concerne pas uniquement le cinéma, mais aussi les produits dérivés et l’ensemble des contenus liés aux licences Nintendo.
Selon Furukawa, cette approche cohérente porte ses fruits sur le long terme. Il souligne que l’objectif n’est pas seulement de rendre les personnages reconnaissables, mais de créer un lien durable avec le public.
« Grâce à cette approche cohérente, nous gagnons progressivement la confiance des clients, ce qui conduit finalement non seulement à la connaissance de nos personnages, mais aussi à leur transformation en fans. »
Autrement dit, Nintendo ne cherche pas uniquement à exploiter ses licences de manière opportuniste, mais à bâtir une relation émotionnelle forte avec les spectateurs, qu’ils soient joueurs ou non.
Furukawa reconnaît que les profits à court terme restent importants, mais précise qu’ils ne constituent pas la priorité absolue. L’objectif principal est d’accroître la visibilité des personnages Nintendo au-delà du jeu vidéo.
Les films représentent un levier stratégique majeur, notamment pour toucher des publics situés dans des régions où les consoles de jeux sont moins répandues. Grâce au cinéma et aux plateformes vidéo, Mario, Zelda, Pikmin ou d’autres franchises peuvent atteindre un public beaucoup plus large que celui des seuls joueurs.
Nintendo aimerait ainsi, si possible, mettre en place une structure durable lui permettant de continuer à produire des films et des contenus vidéo en parallèle de ses jeux.
Furukawa a également évoqué les courts métrages d’animation Close to You, récemment produits par Nintendo Pictures, mettant en scène les personnages de Pikmin. Ces vidéos ont servi de laboratoire créatif et de test grandeur nature pour mesurer l’intérêt du public envers des formats plus courts et plus accessibles.
Pour rappel, Nintendo a acquis en 2022 le studio japonais Dynamo Pictures, spécialisé dans l’infographie, avant de le renommer Nintendo Pictures. La mission du studio est claire :
se concentrer sur le développement de contenus visuels utilisant les propriétés intellectuelles de Nintendo.
Furukawa explique que la décision d’acquérir Dynamo Pictures a été prise pendant la production du film Super Mario Bros.. Nintendo a alors réalisé qu’il serait extrêmement bénéfique de disposer d’une équipe interne dédiée, capable de produire des contenus vidéo variés, et pas uniquement des films destinés aux salles de cinéma.
Les réactions positives aux vidéos Pikmin ont renforcé cette conviction, en révélant un potentiel important pour le développement futur de contenus animés autour des licences Nintendo.
Un point particulièrement intéressant de l’interview concerne la durabilité des œuvres. Furukawa rappelle que les jeux vidéo sont inévitablement soumis à des contraintes techniques :
évolutions matérielles, incompatibilités entre générations de consoles, obsolescence logicielle.
À l’inverse, le contenu vidéo présente un avantage majeur :
s’il est de qualité, il peut être apprécié sur le long terme, sur de nombreuses plateformes, sans dépendre d’un matériel spécifique. Cela en fait un excellent outil pour préserver et diffuser l’identité des personnages Nintendo dans le temps.
Interrogé sur la possibilité de voir un jour une licence Nintendo adaptée en série animée, à l’image de Pokémon ou d’anciennes tentatives comme Kirby (2001) ou F-Zero GP Legend (2003), Furukawa s’est montré prudent.
Il reconnaît que ce serait assez difficile à mettre en place, tout en laissant la porte entrouverte. Si Nintendo parvenait à créer des œuvres véritablement distinctives et fidèles à son identité, cela pourrait devenir un objectif à long terme, sans pour autant constituer une priorité immédiate.
À travers cette interview, Nintendo confirme sa volonté de ne pas se précipiter, mais de construire progressivement un écosystème audiovisuel solide autour de ses licences. Films, courts métrages, animation : tout est pensé comme un prolongement naturel de l’univers Nintendo, avec la même exigence de qualité que dans ses jeux.
Plus qu’une diversification opportuniste, il s’agit d’une stratégie de fond, destinée à faire de Mario, Zelda et consorts des icônes culturelles mondiales, bien au-delà des manettes.
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