Depuis sa prise de fonction à la tête de Xbox, Asha Sharma multiplie les interventions pour exposer sa vision de l’avenir de la marque. Après avoir abordé le sujet de l’intelligence artificielle lors d’un entretien avec Bloomberg Tech, la dirigeante est revenue plus en détail sur cette question dans une interview accordée à Fortune Conversations.
Issue du monde de l’intelligence artificielle avant son arrivée à la tête de Xbox, Sharma possède un regard particulier sur l’évolution des technologies et leur place dans l’industrie du jeu vidéo. Pourtant, contrairement à certaines inquiétudes exprimées ces dernières années, elle ne croit pas que l’IA soit destinée à remplacer les grands jeux développés par les studios AAA.
Elle rappelle tout d’abord que le jeu vidéo a toujours été un moteur d’innovation technologique.
« En ce qui concerne mes priorités, je suis avant tout concentrée sur les fondamentaux avant d’aller plus loin. Cela dit, pour revenir à ce que je disais, l’intelligence artificielle a toujours fait partie du jeu vidéo, n’est-ce pas ? Le GPU n’a pas été inventé pour permettre aux chercheurs d’entraîner des réseaux neuronaux. Il a été créé pour afficher de meilleurs vaisseaux spatiaux, de meilleurs dragons et offrir de meilleures fréquences d’images. À bien des égards, je pense donc que le jeu vidéo continuera à ouvrir la voie pour une grande partie de ces technologies. Étant issue du monde de l’IA avant d’occuper ce poste, j’ai probablement un point de vue un peu différent. »
Selon elle, les avancées récentes autour des modèles génératifs et des « world models » pourraient permettre la création de nouvelles formes de jeux, mais elles ne sont pas en mesure de remplacer l’expertise humaine nécessaire à la création d’univers complexes et cohérents.
« Je ne crois pas que les world models remplaceront les jeux AAA. Je pense que l’IA peut certainement inventer un nouveau genre de jeux, mais ce seront simplement des expériences différentes. Si l’on prend GitHub Copilot, Codex ou Cloud Code comme exemples, il est peut-être possible de générer d’un seul coup un jeu de type Vampire Survivors, parce que les paramètres sont relativement bien définis et compris. »
Pour Sharma, les véritables défis du développement moderne dépassent largement la simple génération de contenu.
« Mais lorsqu’il s’agit d’économies virtuelles, de matchmaking ou de dynamiques sociales, nous sommes face à un problème de systèmes, et non à un problème de contenu. Au cours de mes cent premiers jours, j’ai vraiment pris conscience de la profondeur et de la complexité du travail artistique. Je pense donc que l’IA jouera un rôle très important dans les chaînes de production, le prototypage et ce type d’usages. Elle sera également essentielle pour de nouvelles formes de contenus qui émergeront. En revanche, je ne vois pas les world models remplacer 50 à 80 heures de jeu dans un univers complexe conçu par un studio AAA. »
La dirigeante estime donc que l’IA sera avant tout un outil au service des créateurs. Elle pourrait accélérer certaines étapes du développement, faciliter les tests ou permettre aux équipes de se concentrer davantage sur les aspects créatifs, sans pour autant remplacer le travail des développeurs, des artistes ou des scénaristes.
Au cours de l’entretien, Asha Sharma a également été interrogée sur une autre préoccupation récurrente : le risque de voir les plateformes de jeu être envahies par des contenus générés automatiquement et produits à grande échelle.
Sa réponse se veut mesurée et insiste sur la nécessité de conserver une approche pragmatique.
« Je pense que nous devons simplement rester très rigoureux sur nos principes. Il existe cette idée reçue selon laquelle les joueurs et l’industrie du jeu vidéo détesteraient l’intelligence artificielle. Je crois sincèrement que c’est totalement faux. Les joueurs ont toujours poussé l’industrie à faire progresser la puissance de calcul. Ils ont constamment été à la frontière de l’innovation. Les réseaux en temps réel, les infrastructures en ligne, tout cela a commencé avec le jeu vidéo. »
Pour elle, les joueurs ne rejettent pas l’innovation technologique en elle-même. Ce qu’ils refusent, c’est l’intégration d’une technologie sans véritable utilité.
« Et je pense que, pour cette raison, ils sont très protecteurs lorsqu’il s’agit d’ajouter une technologie uniquement pour le principe d’ajouter une technologie. Nous devons résoudre un problème concret. Tout ce que nous ferons devra répondre à un besoin réel, qu’il s’agisse d’un problème rencontré par les développeurs ou par les joueurs. Il ne s’agit pas de recouvrir toute l’expérience de jeu d’IA simplement parce que c’est à la mode. »
À travers ces déclarations, Asha Sharma dessine une vision relativement prudente de l’intelligence artificielle dans le jeu vidéo. Plutôt que d’imaginer un futur où les machines remplaceraient les créateurs, la dirigeante de Xbox voit l’IA comme un outil capable d’accompagner les développeurs, de simplifier certaines tâches et de favoriser l’émergence de nouvelles expériences. Une approche qui vise avant tout à mettre la technologie au service du jeu, et non l’inverse.
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