Alors que le coût de la mémoire continue d'augmenter et impacte l'ensemble de l'industrie technologique, une action collective relayée par Video Games Chronicle (VGC) et rapportée par Law360 pourrait apporter un nouvel éclairage sur cette situation. Des consommateurs et professionnels accusent les trois principaux fabricants mondiaux de mémoire DRAM — Samsung, SK Hynix et Micron — d'avoir artificiellement limité l'offre afin de faire grimper les prix.
Selon la plainte, ces trois entreprises, qui produisent la quasi-totalité de la mémoire DRAM mondiale, auraient coordonné leurs stratégies en réduisant volontairement la production de mémoire DDR3 et DDR4. Dans le même temps, elles auraient privilégié la fabrication de mémoire HBM, un type de mémoire hautes performances principalement destiné aux centres de données spécialisés dans l'intelligence artificielle.
Les plaignants estiment que cette stratégie a fortement déséquilibré le marché.
« Les oligopoles de la DRAM ont simultanément réduit la production, coordonné un virage vers la HBM et l'abandon de la DDR3 et de la DDR4, et autrement diminué et verrouillé l'approvisionnement en DRAM conventionnelle tandis que les prix ont flambé à une échelle et une rapidité stupéfiantes. »
La plainte affirme également que les fabricants ont poursuivi cette politique malgré la hausse spectaculaire des prix.
« Samsung, SK Hynix et Micron ont continué à réduire l'offre de DRAM conventionnelle, tout en orientant publiquement leurs ressources vers la HBM, moins rentable par puce, ou, dans certains cas, en abandonnant purement et simplement les circuits d'approvisionnement en DRAM conventionnelle. »
Selon les demandeurs, cette situation aurait conduit les consommateurs à payer des tarifs largement supérieurs à ceux qui auraient dû être pratiqués dans un marché concurrentiel.
« Les consommateurs qui achètent de la DRAM conventionnelle et des appareils qui l'intègrent ont payé des prix supra-concurrentiels et ont par ailleurs subi les conséquences d'un marché faussé et paralysé par le comportement des oligopoles de la DRAM. »
La plainte souligne également qu'en temps normal, une telle hausse des prix aurait dû pousser au moins l'un des fabricants à augmenter sa production afin de gagner des parts de marché. Or, aucun des trois groupes n'aurait adopté cette stratégie, ce qui nourrit les soupçons de coordination.
Les plaignants rappellent également que le marché de la DRAM est extrêmement difficile à intégrer pour de nouveaux concurrents. Le coût de construction d'une usine de fabrication se chiffre en dizaines de milliards de dollars et nécessite plusieurs années, tandis que le savoir-faire industriel repose sur des décennies d'expertise et que certaines restrictions à l'exportation compliquent encore davantage l'arrivée de nouveaux acteurs.
« La conséquence pratique est que lorsque ces trois entreprises limitent l’offre, aucun concurrent extérieur ne peut augmenter sa production pour leur faire concurrence déloyale. »
Enfin, la plainte rappelle que les fabricants concernés ont déjà été visés par des enquêtes similaires par le passé. Samsung avait notamment plaidé coupable en 2005 dans une affaire de fixation des prix de la DRAM et accepté une amende de 300 millions de dollars. Les trois entreprises avaient également fait l'objet d'une enquête des autorités chinoises lors de la flambée des prix observée entre 2016 et 2018.
Selon les plaignants, les faits reprochés aujourd'hui pourraient ainsi constituer « le troisième cycle de ce type sur le même marché, entre les mêmes entreprises ».
Si ces accusations devaient être confirmées par la justice, elles pourraient avoir d'importantes conséquences pour l'industrie des semi-conducteurs, alors que la hausse du coût de la mémoire affecte déjà le prix des consoles, des cartes graphiques, des ordinateurs et de nombreux autres appareils électroniques.
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