Shigeru Miyamoto : l’intelligence artificielle renforcera l’importance de la créativité humaine

Publié le 23 octobre 2026 à 15:37

Alors que l’intelligence artificielle générative prend une place grandissante dans l’industrie du jeu vidéo, Shigeru Miyamoto, le célèbre directeur créatif de Nintendo, a partagé sa vision de cette technologie lors d’une conférence de presse organisée à l’occasion de sa remise de l’Ordre de la Culture du Japon. Pour lui, l’IA pourrait transformer les méthodes de création, mais elle ne remplacera pas ce qui fait la singularité d’un créateur : son intention, sa vision et sa capacité à imaginer des œuvres véritablement originales.

Miyamoto rappelle que les créateurs ont déjà connu de profondes transformations technologiques, notamment avec le passage des machines à écrire aux logiciels de traitement de texte. Selon lui, l’arrivée de l’IA générative représente une évolution similaire, susceptible de modifier les compétences nécessaires pour créer des jeux. Il explique cette évolution à travers l’exemple du design :

« Notre génération a vécu une période de développement informatique rapide, une époque où les outils évoluaient constamment, passant des machines à écrire aux traitements de texte ».

Il poursuit en évoquant une époque où certaines compétences techniques suffisaient à être considéré comme un designer :

« Autrefois, par exemple, on apprenait aux designers à l'école à créer de belles typographies pour les affiches ; posséder cette seule compétence suffisait pour être qualifié de « designer ». On pouvait aussi simplement s'inspirer d'un design à la mode à l'étranger, lui donner une touche « japonaise » et être considéré comme un designer. »

Pour le créateur de Nintendo, les progrès informatiques ont ensuite permis de mieux mettre en valeur les qualités personnelles des concepteurs.

« Cependant, avec les progrès de l’informatique et des technologies, les véritables capacités individuelles d’un concepteur, comme son sens inné de la mise en page, ont enfin été mises en avant. Je pense que l’IA générative représente un changement similaire. »

Miyamoto établit une distinction importante entre l’acte de création et le travail nécessaire pour concrétiser une idée. Concevoir un jeu ne consiste pas uniquement à assembler des éléments, à compléter des tâches ou à peaufiner des détails. Il faut d’abord avoir une vision globale et savoir ce que l’on souhaite réellement proposer aux joueurs.

« Nous faisons la distinction entre la « création » de quelque chose et le « travail » que cela implique. Lorsqu'on entreprend de créer, on établit d'abord une structure générale, puis on commence le travail pratique : les tâches qui suivent, comme combler les lacunes ou peaufiner les détails. »

Il reconnaît toutefois que le travail de fabrication peut être particulièrement gratifiant. Le risque serait alors de confondre le plaisir de construire quelque chose avec la qualité réelle du résultat obtenu.

« Le plus délicat, c’est que ce travail peut en réalité être très agréable », a ajouté Miyamoto.

Il développe ensuite cette idée en soulignant les dangers d’un processus créatif dans lequel la satisfaction personnelle prendrait le pas sur le résultat final.

« Si l’acte de création est intrinsèquement gratifiant, il comporte un danger : celui de trouver satisfaction dans le travail lui-même et de croire, à tort, avoir produit une œuvre de grande qualité », a-t-il déclaré. « En ce sens, plus l’IA remplace ces tâches, plus elle offre l’occasion de réfléchir à ce qui est vraiment important, ce qui me semble positif. »

L’IA pourrait ainsi libérer les créateurs de certaines tâches techniques pour leur permettre de se concentrer davantage sur les idées, les choix artistiques et la cohérence de leurs projets. Pour Miyamoto, une œuvre qui se contente de reprendre des idées existantes risque de manquer de personnalité et de ne pas traverser les années. L’originalité repose notamment sur les intentions de celles et ceux qui la conçoivent.

« En repensant aux créations passées, on constate que certaines ont été réalisées par simple copier-coller. Or, ce type de travail résiste rarement à l’épreuve du temps ; il manque de l’intention créative propre à chacun », a déclaré Miyamoto.

Même si l’intelligence artificielle devait progressivement prendre en charge une grande partie du travail de développement, il estime donc que les créateurs conserveraient un rôle déterminant.

« Comme le processus repose sur l’intention d’une personne, l’ordinateur servant d’assistant, je crois que même si la technologie continue d’évoluer, et même si l’IA devait un jour tout gérer, il nous restera toujours un rôle à jouer. »

Shigeru Miyamoto ne considère pas l’intelligence artificielle uniquement comme une menace pour les métiers créatifs. Il y voit aussi une occasion de repenser les méthodes de travail et de mieux distinguer la réalisation technique de la véritable création.

 

Pour le directeur créatif de Nintendo, la technologie pourra faciliter de nombreuses étapes du développement, mais elle ne supprimera pas l’importance de la vision personnelle et de l’intention artistique. Dans une industrie où les outils deviennent de plus en plus accessibles, la capacité à imaginer des expériences originales pourrait finalement être plus déterminante que jamais.


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