Borderlands 4 : un retour aux sources… ou une trahison de l’ADN ?

Publié le 23 mars 2026 à 15:41

Avec Borderlands 4, Gearbox Software tente de faire évoluer sa licence emblématique tout en revenant à une structure plus centrée. Sur le papier, la promesse est séduisante. Dans les faits, le résultat laisse un sentiment beaucoup plus contrasté.

Après avoir quitté Pandora pour explorer la galaxie dans Borderlands 3, la série choisit ici de se recentrer sur une seule planète : Keiros. Ce monde est entièrement sous le joug du Gardien du Temps, un dictateur qui règne depuis des millénaires grâce à une technologie capable de contrôler les habitants. Face à lui, une résistance fragile tente de survivre, épaulée par des Déconnectés, d’anciens soldats devenus instables après avoir été libérés de cette emprise.

Dans ce contexte, quatre nouveaux Chasseurs de l’Arche entrent en scène. Leur mission reste fidèle à l’ADN de la saga : trouver une Arche, mais aussi renverser le pouvoir en place. La structure narrative est familière, presque rassurante, mais elle sert surtout de toile de fond à une expérience bien différente de ce que proposaient les premiers épisodes.

 

La vraie rupture vient du choix de transformer Borderlands 4 en un véritable monde ouvert. Là où Borderlands et surtout Borderlands 2 proposaient des zones semi-ouvertes soigneusement construites, Keiros se présente comme une immense carte unique à explorer librement. Cette évolution, pourtant logique dans le paysage vidéoludique actuel, change profondément le rythme et la structure du jeu.

C’est d’ailleurs là que le bât blesse. Le monde ouvert entraîne une répétitivité marquée dans la conception des missions. Le joueur enchaîne des objectifs similaires d’une zone à l’autre, entre libération de camps, sabotage d’installations ou neutralisation de systèmes de propagande. La progression repose largement sur ces activités, nécessaires pour débloquer des améliorations, agrandir son inventaire ou faire évoluer ses compétences. À la longue, cette mécanique donne l’impression de tourner en rond, transformant l’exploration en routine. On se rapproche davantage de la structure de Tom Clancy’s The Division 2 ou de Assassin’s Creed que de l’identité originale de Borderlands, ce qui peut désarçonner.

Ce changement est d’autant plus frustrant que la série reposait auparavant sur un équilibre entre progression, découverte et récompenses. Ici, le plaisir de gagner de l’argent et d’optimiser son équipement laisse place à une logique de répétition de tâches pour débloquer du contenu, ce qui finit par éroder la motivation.

 

Pourtant, Borderlands 4 n’oublie pas complètement ses racines. L’humour absurde, le ton déjanté et les situations improbables sont toujours présents. Certaines missions annexes brillent par leur créativité et leur folie assumée, rappelant pourquoi la licence a su marquer les esprits. Cette énergie permet au jeu de conserver un certain charme, malgré ses défauts.

Du côté de l’histoire, l’ensemble reste efficace sans être mémorable. Le Gardien du Temps manque clairement de charisme, surtout lorsqu’on le compare au Beau Jack, figure emblématique de la saga. Le personnage remplit son rôle, mais sans jamais vraiment marquer les esprits. Ce manque d’impact se ressent également dans une galerie de personnages parfois sous-exploitée, donnant l’impression d’un potentiel narratif pas totalement assumé.

En revanche, le gameplay reste solide. Les sensations de tir sont toujours aussi efficaces, et c’est sans doute là que le jeu réussit le mieux à convaincre. L’ajout de nouvelles mécaniques comme le grappin apporte une dimension verticale intéressante, permettant de dynamiser les combats et l’exploration. La possibilité de planer, d’escalader ou d’interagir davantage avec l’environnement enrichit l’expérience sans la révolutionner. Ce sont des ajouts bienvenus, qui montrent une volonté d’évolution.

Sur le plan artistique, le jeu reste fidèle à son style en cel-shading, avec quelques évolutions visibles. Certains environnements sont réussis, mais l’ensemble manque parfois de personnalité forte. Là encore, rien de mauvais, mais peu d’éléments réellement marquants.

 

Au final, Borderlands 4 est une expérience difficile à juger. Le jeu est indéniablement fun, agréable à parcourir et généreux dans son contenu. Pourtant, il donne aussi le sentiment de s’éloigner de ce qui faisait la force de la licence. Cette impression de jouer à un titre qui hésite entre modernisation et fidélité à ses origines crée une forme de décalage.

La question de savoir s’il faut y jouer dépend finalement des attentes. Ceux qui recherchent un looter-shooter accessible et riche en contenu y trouveront leur compte. En revanche, les fans de la première heure pourraient être déçus par cette orientation plus générique et répétitive.

Borderlands 4 n’est pas un mauvais jeu, loin de là. Il est même souvent divertissant. Mais il peine à retrouver l’identité forte qui avait fait le succès des premiers épisodes. C’est un épisode correct, parfois amusant, mais qui laisse une impression étrange, comme celle d’une série en pleine transition.


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